
 Areki, Carmen et Mau
Tatouage. Corps et âme aux Marquises Areki et Mau, tatoueurs marquisiens, cherchent à "encrer" leur culture au fil de leurs créations. Ils participent à la convention L’Orient ink the sun (*) qui accueille ce week-end à Lorient une soixantaine d'artisans tatoueurs.
C’est plus un travail d’introspection qu’une séance de tatouage que proposent Areki et Mau, les deux tatoueurs polynésiens du salon Hoata Tiki Tattoo à Lorient. Pas question de se faire tatouer un visage ou une date de naissance. Ici, tout s’exprime en marquisien. Chaque motif a un sens : « On amène le client à raconter une histoire, son vécu, que l’on va traduire
sur sa peau avec des motifs qui ont une signification. On lui propose un tatouage unique », explique Carmen. Elle gère le salon dans lequel son frère, Areki, est tatoueur. Ils sont nés en Bretagne, d’un père Marquisien, marin engagé à Lorient. Areki a appris l’art du tatouage ancestral aux Marquises. Dans une autre vie, il était fusilier marin. Tatoué sur les
mains, le visage, le cou, « on ne m’a jamais reproché mes tatouages. Dans l’armée, on sait que cela a une signification et c’est respecté », explique le Lorientais.
Nos ancêtres n’ont pas eu le droit de transmettre l’art du tatouage
Plus qu’un commerçant, plus qu’un artiste, il est le porte-étendard d’une culture que l’on a cherché à museler, lors de la prise de possession des Marquises par la France en 1842. « Nos ancêtres n’ont pas eu le droit de transmettre l’art du tatouage. Nous sommes une génération qui cherche à affirmer sa culture. Pendant plus de 100 ans, le tatouage n’a pas pu
exister ». Pourtant, il fait partie intégrante de la culture polynésienne. Mau, cousin d’Areki, en est le parfait exemple. Il est arrivé en métropole il y a quatre ans pour exercer comme tatoueur. Une suite logique dans son parcours d’artiste : « J’étais sculpteur, graveur, professeur et à 27 ans j’ai commencé à tatouer. Le tatouage vient de la sculpture ». 
Les tatoueurs marquisiens apportent grand soin à leur œuvre. « Nous sommes comme des psys, nous entrons en contact avec les gens. Dans notre salon, on ne rentre pas avec un motif ou le tatouage d’un footballeur à recopier », lance Areki. « Nous avons fait des conventions, où nous n’avons pas du tout tatoué parce que l’on
discutait avec les clients, avec d’autres tatoueurs. Nous ne sommes pas là pour faire de l’argent mais pour partager », défend Mau.
L’art de la douleur Dans la tradition polynésienne, le tatouage permet de se soumettre à la douleur. Mau la partage avec ses clients : « A chaque fois que je tatoue des gens, j’essaye d’encaisser leur douleur, dans la psychologie.
Ce sont des moments intenses ». Les clients d’Areki et Mau viennent parfois de très loin, « des Grecs, Canadiens, Belges, beaucoup de Parisiens ». Ils viennent traduire sur leur peau des moments clés de leur vie, « souvent après des décès, naissances mais aussi beaucoup pour des changements de vie. Ils se décident à affirmer leur conviction », rapporte Areki. Les
tatoueurs affirment les leurs, en famille : « Notre but c’est d’être intégralement tatoués, comme auraient dû l’être nos grands-parents et parents »
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