le "fiu"

Le « fiu » d'antan était charmant chez le commerçant. Cette façon de vous regarder du fond de son échoppe « bric à brac » lorsque vous rentriez, de ne pas bouger comme s'il ne voulait pas vous importuner, de se lever avec peine pour encaisser un de ces immenses billets de la banque de l'Indochine et de rendre la monnaie avec une nonchalance sympathique pour s'excuser sans doute
de devoir vous faire payer.
Le « fiu » d'antan était charmant, bien qu'un peu énervant parfois, au bar du bord de mer. La serveuse vous oubliait de temps en temps, vous servait négligemment sans un mot en donnant un coup de peigne dans sa longue chevelure et vous jetait quelques pièces sur le comptoir en guise d'adieu. Pour le salaire de l'époque, on n'allait tout de même pas inclure les courbettes.
Le « fiu » était charmant chez la postière ou la banquière qui, après un bonjour souriant et avant même de s'enquérir des motifs de votre visite, vous parlait de la pluie et du beau temps et vous repartiez sans vous être aperçu que , pendant un bon quart d'heure, vous n'aviez rien fait d'autre
que d'être heureux.
Le « fiu » du jardinier, qui après deux jours de travail entrecoupés de nombreuses pauses, vous envoyait son cousin, sans préavis, pour cause de fatigue excessive ; le « fiu » de mon copain Teva assis jusqu'au couchant sur la margelle du vieux pont. Même les voitures et les groupes électrogènes avaient un coup de « fiu » périodique, en même temps que le mécanicien victime de la même maladie.
Ce « fiu » là était charmant, convivial même ; c'était une manière de vivre sans stress et d'accepter, avec un brin de fatalisme, les aléas de l'existence.
Le « fiu » d'aujourd'hui est devenu arrogant, méprisant. Les exemples sont nombreux mais je n'évoquerai qu'un cas parmi tant d'autres. Pour vous en convaincre, rendez-vous donc comme moi au comptoir d'un de ces administrations réputées pour le courage et l'amabilité de leurs employés.
Vous le connaissez bien sûr c'est endroits inversement proportionnel au nombre de clients.
Le fait même d'entrer dans les lieux, aux heures creuses surtout, vous clase d'emblée dans la catégories des casse-pieds. Mon vernis à ongles n'est pas sec, je n'ai pas fini de lire mon courrier. et le journal, quand est-ce que je pourrais l'étudier ?
Pourtant le rapport salaire-travail est nettement en faveur des préposés.
Vous parvenez au guichet dans une atmosphère lourde de menaces. Les bons jours, vous aurez droit à : « ouais, c'est quoi ? ». Les mauvais, à rien d'autres qu'un grognement.
Passablement refroidi, vous tentez quand même d'exposer votre problème et miracle, on vous répond. « Ce n'est pas moi qui m'en occupe, il faudra repasser, je ne suis pas au courant, votre dossier doit être incomplet . »
Et lorsque, excédé par la mauvaise volonté évidente de votre interlocuteur, vous piquez une colère, la solution apparaît toute simple et vous aurez droit enfin à quelques égards Ce ne sont là que des exceptions me direz-vous. J'en conviens, mais elles sont suffisamment nombreuses pour ternir l'image de toute une corporation qui compte en son sein beaucoup de bonnes volontés.

 


Bonjour,
 

Définition du mot : Fiu, [ fju ]. (masculin) Nom commun
 

Nonchalance, détachement causé par des états d’âme ; il exprime non-seulement ce sentiment de lassitude, de dégout, d’ennui mais aussi la langueur, le manque de volonté, de force, d’entrain, le rejet, l’envie de tout plaquer, le ras-le-bol qu’il génère.

Fiu de la politique qui traine des casseroles : les condamnations judiciaires des anciens tenants du pouvoir viennent ternir un peu plus une classe politique épuisée et discréditée. — (Teaki Dupont-Teikivaeoho, www.tahiti-infos.com, 5 Octobre 2011)

Mais le succès de ce parti, pour l’essentiel composé de transfuges du Tahoera’a, est surtout l’expression d’un 'fiu' général envers les crises et caprices d’un Gaston Flosse qui a prouvé qu’il est prêt à tout, même à faire élire un président indépendantiste pour, soit régler des comptes, soi t satisfaire ses ambitions mégalomanes. — (Alex W. du Prel, http://www.tahiti-pacifique.com, numéro 202, février 2008)

Adjectif

Relatif à ce sentiment de fiu et à ses réactions.

Les foyers sont fiu d’avoir de l’eau chocolatée au robinet. — (www.ladepeche.pf, 11 juin 2012)

Les secrétaires de la haute-administration qui sont loin d’être écroulées sous le travail, non pas parce que leurs chefs sont exigeants mais tout simplement parce qu’elles sont 'fiu' (=lasse), un argument auquel les supérieurs hiérarchiques sont sensibles. — (Francis Cheung, Tahiti et ses îles, édition L’Harmattan, 1998, page 415)

Si le maçon est fiu, il s’arrêtera de travailler pour quelques jours ou pour plusieurs semaines. — (argoul, Le mal au paradis sur le blog de argoul, 29 mai 2011)

Cordialement,

L’équipe de Wikimot.fr (Dictionnaire en ligne ici => http://www.wikimot.fr/

 


 



"Je suis Fiu"
est une expression souvent entendue en Polynésie Française, difficile à traduire simplement, il exprime une sorte de lassitude, qui pourrait se traduire approximativement par " Farniente ".
Surtout il justifie l’arrêt immédiat de toute activité, voire le manquement à une promesse de rendez-vous.
C’est une sorte de sentiment d’abandon général, parfois dû à une bringue (une fête) de la veille, ou parfois également sans aucune raison particulière.
Dès lors, il n’est pas rare qu’un employé ne vienne pas au travail une journée parce qu’il se sentait " fiu "…
Mais cette attitude, au début assez troublante pour les Popaa (les touristes), plutôt habitués à l’efficacité et au stress de leur pays d’origine, finit souvent par les gagner aussi !
Ainsi, vous constaterez, qu’après quelques jours d’affairisme, de sports et de loisirs en tous genres, votre rythme général ralentit et que deux, trois ou quatre journées de relaxation s’imposent.
Bon signe : vous êtes en train de vous acclimater ! ! !

 


 

Un dessin de Taniera (Voir sa page ici)
 

 


 

PAPEETE, le 15 septembre 20014 - Depuis plusieurs décennies, la langue tahitienne ou du moins certains mots largement utilisés par les habitants mais aussi les étrangers de passage, ont réussi à figurer dans l’encyclopédie « Larousse » et dans un grand nombre de revues mondiales.

Il y a quelques jours à peine, une internaute partageait sur sa page personnelle Facebook une photo d’une page du dictionnaire en question, avec une mention spéciale pour le mot « fiu ». Celui-ci est certainement, après l’expression « ê pe’i ! » (écriture non conforme mais plus facile à comprendre), traduit par « eh oui alors !», le mot le plus utilisé.

Le dictionnaire populaire qui a placé notre « fiu » local (maintenant devenu « national ») entre les mots « Fitness » et l’acronyme « F.I.V », définit fort bien de la manière suivante : « FIU (fju) adj.inv. (mot polynésien). Être fiu (Polynésie), être en proie à une grande lassitude ; en avoir assez. » Si cela a eu pour effet d’en impressionner certains, ou d’en étonner d’autres, l’utilisation des mots d’origine tahitienne ne date pas d’aujourd’hui.

 


 

VOCABULAIRE TAHITIEN :
FIU (prononcer fiou) désigne pour une personne un état de fatigue proche du "spleen" Baudelairien, qui se situe entre la petite gueule de bois et la grosse dépression nerveuse aigüe.
Etre fiu On dit : "Je suis fiu", mais on ne dit pas : "fiu-moi la paix !" ou : "qu'est-ce que tu fiu ?".
Il arrive souvent qu'on soit fiu après un abus massif de Hinano, mais aussi après une mauvaise nouvelle, une douleur dentaire ou une forte brûlure au pito à force de se le regarder...
On peut aussi être fiu sans raison, juste parce qu'on s'est levé du fiu gauche.
Parmi les personnes les plus fiu, on trouve les alcooliques contemplatifs, les ministres, les fonctionnaires et les employés de l'OPT qui sont tombés dans une marmite de fiu quand ils étaient petits, mais les chauffeurs de trucks et les taxis aussi sont bien placés dans le hit-parade de la fiu attitude.
Le langage tahitien ne s'embarrassant pas d'un surcroit de vocabulaire, le mot fiu désigne de nombreuses phrases découlant de la fiuvitude.
On peut donc utiliser le mot fiu pour exprimer différentes choses et économiser ainsi de fatigants mouvement de lèvres inutiles :
- Je suis fatigué - J'ai envie de rien - J'ai la flemmingite - Je peux pas venir travailler - J'ai les cheveux qui poussent vers l'intérieur - j'ai une casquette en peau de locomotive retournée - J'ai mal partout - J'ai pas envie de répondre - Je ferai ça demain... - Laisse moi tranquille - Ne parle pas si fort - Va-t-en ! je veux mourir seul... - Ne me fais pas chier, c'est pas le moment ! - Parle à ma main ! - Alors, casse-toi pauvre con ! - C'est fermé ! Revenez demain...

 


 

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Dernière date de mise à jour de cette page, le samedi 08 octobre 2016