J'ai été amené à construire des ukulélés
tahitiens car c'est un instrument à part entière
mais aussi un instrument entièrement à part !
Le ukulélé tahitien est Un instrument de musique à part entière car il est
d'abord et avant
tout conçu pour faire de la musique.
En le fabriquant, je
cherche à obtenir un joli son sec
et limpide.
Souvent, rapporté par les voyageurs comme souvenir, il est méconnu du plus grand
nombre qui voit en lui un objet essentiellement décoratif.
Autrefois, il avait
souvent une demi-noix de coco pour caisse et une peau de chèvre
ou de requin
comme résonateur.
Aujourd'hui il est monoxyle, c'est à dire qu'on le taille dans une seule pièce
de bois. Une plaque de red-cédar, bois très utilisé en lutherie, sert de table
de résonance. Pour une meilleure qualité du son je privilégie l'emploi de l'os pour les
sillets de tête et de chevalet.
Comme pour tous les instruments de musique à cordes, la position des frettes est
calculée à l'aide d'une formule mathématique. Pour faire un bel instrument, il
faut donc être à la fois musicien, ébéniste et sculpteur et avoir beaucoup de
temps à lui consacrer !
Le ukulélé tahitien est aussi entièrement à part, fort heureusement d'ailleurs
car sinon, il n'existerait pas !!! Il se distingue de son cousin hawaïen par: son chevalet mobile, ses cordes, sa
décoration, son accordage, sa technique de jeu. - Son chevalet est mobile ce qui est très pratique pour l'ajuster à la voix ou à
d'autres instruments. - Ses cordes sont faites de fils de pêche de 0.50mm, 14.5 kg de couleur jaune
fluo de préférence, c'est plus fun ! Pour jouer en accompagnement, on utilise le
4 cordes; le 8 cordes plus difficile à accorder peut convenir pour un jeu en
solo ! - Il s'accorde en SOL DO MI LA (G C E A en anglais) avec la corde de DO réglée à
une octave supérieure par rapport au Uke hawaïen, ce qui est une différence
fondamentale, car le son ainsi obtenu est celui que nous apprécions en
Polynésie. Je vous conseille d'acquérir un accordeur électronique (pas très
cher) qui facilite grandement les réglages et est indispensable si on veut jouer
à plusieurs instruments.
Les mécaniques qui servent à tendre les fils doivent être de bonne qualité,
elles ont remplacé les clés en bois moins pratiques. - Tailler l'instrument dans une seule pièce de bois autorise des fantaisies pour
sa forme, mais chaque instrument aura un timbre différent selon sa conception,
son épaisseur, le type de bois dont il est fait, la forme de sa caisse etc...
- La caisse s'ouvre sur l'arrière contrairement au hawaïen, ce qui permet
d'atténuer le son en rapprochant l'instrument de son corps ou de le laisser
s'épanouir en l'écartant !
Enfin, l'originalité du uke maohi c'est le jeu polynésien qui en fait un
instrument rythmique ! La technique main droite pratiquée avec le pousse et, ou,
l'index en des allers retours très rapides surprend toujours le spectateur, mais
pas le polynésien qui cultive depuis des siècles le chant à plusieurs voix et à
plusieurs rythmes !
Enfin le ukulélé se doit d'évoquer le fenua c'est pourquoi, il doit être élégant
(l'élégance tahitienne !) et embelli de sculptures de motifs du Pacifique-Sud: iita, tamanu, maire, tiki....ce qui ne lui enlève bien sûr pas ses qualités
musicales !
Les ukes hawaïens sont très présents dans le commerce, mais ce ne sont pas les
mêmes instruments. J'en ai acquis quelques uns mais ils n'ont pas su séduire pas
ma vahine (Aita maitai !) aussi j'ai dû me résoudre à concevoir mes propres
instruments... Ainsi, sous le contrôle qualité de Reiamata naissent de temps en
temps quelques ukulélés maohi sous le ciel de Cornouaille !